Abonnez-vous à notre
lettre d'information
 
histoire du matériel de plongée Physiologie et Santé

La sophrologie et la plongée

Par jean Pierre Malamas
Docteur en siences humaines
Professeur EPS
BEES2 plongée.

Sophrologie et plongée


Sommaire :
I - Qu'est ce que la sophrologie ?
II - La sophrologie, son contenu ?
III - Quelques exemples concrets traités où la sophrologie trouve ses applications !
  a) - La panne d'air.
  b) - L'essoufflement.
  c) - Plonger à l'économie.
  d) - La structuration du schéma corporel du plongeur ?
  e) - Plongée, beauté et ...sensualité.
   f) - La sophrologie pratiquée en groupe.
IV - L'avenir de la sophrologie dans le monde de la plongée.


I - Qu'est ce que la sophrologie ?

La sophrologie a été créée en 1960 par le Docteur Caycedo dans un but thérapeutique. Le Dr. Caycedo est parti du constat que l’homme, s’il est curieux de la planète qu’il habite, oublie totalement la planète qui l’habite. Le corps n’est perçu que dans des occasions exceptionnelles. Son silence est synonyme de bonne santé.
Sophrologie est un mot créé à partir de racines grecques ;
SOS peut-être interprété par en bonne santé,
Phren signifie partie de l’âme où se produisent les passions et les désirs,
Logos :étude.
La sophrologie se donne donc pour objectif de sauvegarder la bonne santé.
A l’origine, la sophrologie est exclusivement l’affaire des médecins qui la conçurent comme une méthode concourant à un art de la vie, une manière de réaliser l’harmonie. Ainsi qu’il s’agisse d’un accouchement, du traitement des problèmes psychologiques importants, des soins dentaires ou des maladies fonctionnelles, le sujet doit approfondir la connaissance qu’il a de lui-même et analyser ses réactions inadéquates face aux difficultés rencontrées. C'est en fait d'un réel travail d'introspection dont il s'agit. Les crispations, les peurs diffuses, sans cause réelle, font l’objet d’un travail de mise à nu et de déconditionnement visant l’épanouissement de la personnalité. La sophrologie est donc bien une méthode thérapeutique mais elle peut-être utilisée, avec bonheur en prévention, comme moyens d’optimiser les comportements face à des situations difficiles ou vécues comme telles. Se caractérisant par une dimension pédagogique affirmée elle intéresse les éducateurs chargés de transmettre des contenus de connaissances et des pratiques. Par ailleurs, la sophrologie peut-être utilisée, avec bonheur, en prévention, comme moyens d’optimiser les comportements face à des situations difficiles ou vécues comme telles. Alors comment ne pas se poser la question de son utilisation dans le cadre de l'enseignement de la plongée?

Haut de page

II - La sophrologie, son contenu ?

Décrire et expliquer la sophrologie, dans un espace restreint, est un exercice délicat si l'on ne veut pas trahir la méthode.
Que les spécialistes me pardonnent une trop grande vulgarisation…
La sophrologie peut-être pratiquée à titre prophylactique, thérapeutique, pédagogique. Pour être plus concret, nous rappellerons que l’homme doit en permanence affronter des difficultés, petites et grandes . Tout bouge autour de lui et en lui, et ceci d’une manière d’autant plus importante que lui-même est un transformateur, un créateur d’évènements. La décision d’apprendre à plonger n'était-elle pas un événement ?
L'affectivité va prendre une place énorme dans l'enseignement. Pour limiter l’impact du stress, il est nécessaire de mettre en place des stratégies adaptatives qui devront passer au niveau des automatismes. La sophrologie n’est pas la seule méthode qui se donne cet objectif, mais elle est celle qui réalise la meilleure synthèse entre les approches orientales et les approches occidentales.
Pour entrer dans le détail, la sophrologie comporte une partie dite passive et une partie active. La partie passive se compose d'un entretien avec ses élèves, destiné à cerner exactement les problèmes à résoudre, au cours duquel le sophrologue leur apprend à s’installer et à se maintenir dans un état mental et corporel, situé à la limite entre le niveau de veille et celui du sommeil (sophronisation).
Lorsque cette sophronisation est acquise, il leur demande de se voir dans une situation familière agréable qu’il faut imaginer le plus clairement possible, puis il leur fait observer à quel point cette évocation leur apporte de bien-être. Il conclut : “ lorsque vous reproduirez cette situation, vous déclencherez en vous un état de calme et de sérénité ”. Les éléments négatifs et redoutés, telles les difficultés respiratoires en plongée par exemple, ne seront abordés qu’après cet apprentissage très progressivement, d’une façon très contrôlée et dans un contexte totalement dédramatisé. Ces démarches concrétisent la partie statique de la méthode.
La partie dynamique fait appel à des exercices respiratoires très codifiés qui facilitent l’approfondissement de l’état de relaxation. Elle comporte trois parties qu’il serait trop long à décrire ici, mais dont il faut savoir qu’elles approchent les techniques de concentration, de contemplation et de méditations orientales. La relaxation dynamique facilite la maîtrise de la respiration et peut s’avérer très utile pour le plongeur. Ainsi, l’entraînement à la sophrologie permet d’acquérir des comportements auto-adaptatifs aux variations du milieu, ce qui est exactement ce que nous recherchons dans la pratique de la plongée.

Haut de page

III - Quelques exemples concrets traités où la sophrologie trouve ses applications !

    a) La panne d'air.
La peur de manquer d’air, donc de mourir, est chez le débutant tout à fait légitime, et peut prendre des formes allant de l’inquiétude plus ou moins affirmée, à l’angoisse, en passant par l’anxiété. En quoi et surtout comment la sophrologie peut aider à dépasser cette grande crainte du débutant ? Si les anxieux relèvent d’un traitement à part, on constate que les angoissés s’excluent d’eux-mêmes de la plongée dès l’initiation.
Toute bonne école de plongée explique clairement les problèmes relevant de la respiration “ appareillée ” dans un milieu où la pression est plus élevée et montre que si toutes les étapes et les consignes sont observées, le risque de manque d’air n'existe pas.
Mais bien sûr, il y a ce qui nous déborde, ce que l'on ne contrôle pas, qu’aucun raisonnement ne domine, l'irrationnel et dont l’entraînement par la sophrologie peut réduire considérablement les effets.
Si le plongeur maîtrise la sophrologie, il reconnaît les premiers signes d’une perturbation émotionnelle et sait “ calmer le jeu ” en utilisant des indicateurs d’émission sur ondes calmes du style : cool baby, relax Max, etc… Si l’indicateur ne déclenche pas l’effet escompté, le plongeur fait une rapide lecture “ contrôle ” de son corps : épaules, nuque, diaphragme, abdominaux, etc. les exercices de relaxation dynamiques, décrits précédemment, lui ont appris à utiliser le souffle au mieux des besoins notamment à rétablir l’expiration calme et profonde. Enfin, en utilisant une technique sophrologique de visualisation très précise, le plongeur s’entraîne mentalement à effectuer toutes les manœuvres, dans tous les cas de figure. Cet entraînement accompli en état de relaxation, lui permet de faire un bilan complet des incidents possibles. La part d’inconnu, d’imprévu et donc d’inquiétant est réduite à presque rien.

Haut de page

    b) L'essoufflement.

Comment peut-on aider le plongeur à garder son calme dans une telle situation ? L’entraînement du débutant (étant donné l’espace dans lequel il évolue) ne risque pas de conduire à un tel accident, inutile de l’évoquer dans la phase d’initiation. Cependant vous devrez y venir plus tard. Si vous associez, à votre entraînement en situation, un entraînement par la sophrologie, il faut que dans la progression les problèmes d’essoufflement soient abordés. Ainsi, après avoir conduit le sujet en situation de relaxation (sophronisation), le sophrologue lui fait observer qu’il se sent bien dans son corps, bien dans sa tête. Il lui demande, alors, d’imaginer, c'est à dire de voir en images, une situation où tout ne va pas très bien du point de vue du souffle. Il lui suggère de repérer en lui les désordres (tensions musculaires, accélérations cardiaques et respiration, etc…) que cette évocation peut déclencher et lui propose deux démarches conjointes :
- Action sur l’affectif en ayant recours aux images, aux formules apaisantes, qu’il connaît et maîtrise bien,
- Action dans le domaine technique en donnant des consignes et en faisant imaginer les gestes et les comportements à tenir devant un incident comme celui qui a été choisi pour l’entraînement. L’idéal consiste en une intervention du moniteur dans la partie technique de l'entraînement sophrologique. Si le moniteur ne se sent pas encore en mesure de participer à ce niveau, il faut inspirer au sophrologue les mots justes, ou au moins qu’il soit présent, voire qu’il participe à l’entraînement.

    c) Plonger à l'économie.
Le matériel de plongée est lourd à manipuler et déstabilisant. Il nécessite une profonde maîtrise de l’équilibration dans l’eau. Les forces de freinage rencontrées en immersion sont importantes, il faut donc savoir économiser constamment son énergie. Comment faire passer le message ?
Ne pas lutter contre, mais “ faire avec ” est une attitude propre aux arts martiaux. En Aïkido, par exemple, il faut composer avec les forces de l’adversaire, accompagner son mouvement et l’utiliser à son profit. Observer les phénomènes et accueillir les sensations sont deux qualités indispensables. Dans tous les sports, d’une manière habituelle et réflexe, le débutant cherche à vaincre les difficultés en “ rentrant dedans ”. Outre que l’efficacité reste aléatoire, la dépense énergétique est incompatible avec un type d’effort qui s’inscrit dans la durée. En sophrologie, notamment, dans la partie de relaxation dynamique, on apprend à observer ce qui change, autour de nous et à ressentir l’effet des exercices sur le corps et le psychisme. Chaque effort entraîne une modification et l’important est d’en prendre conscience.
En adaptant l’entraînement sophrologique à la plongée, on peut donc très naturellement automatiser les comportements économiques : le débutant doit apprendre à ne pas se battre contre l’élément, mais à jouer avec les composantes de cet élément, il doit n’utiliser que les forces, justes, nécessaires à l’accomplissement de l’action prévue. Tout ceci n’est possible que si le plongeur s’habitue à recueillir des sensations qui lui permettent d’avoir des “ informations retour ” indispensables pour une bonne appréciation des situations.

Haut de page

    d) La structuration du schéma corporel du plongeur ?
Cette question est liée à la précédente. Le schéma corporel est une notion encore mal définie. En condition normale et debout, nous devons réagir contre la pesanteur et situer notre corps par rapport aux obstacles. Dans des sports comme, par exemple, l’aile delta, le parapente et la plongée… tout change. La progression dans l’espace et le changement de position ne dépendent plus des pieds mais d’une partie du corps, ou de tout le corps. La pression du milieu ou le pratiquant évolue est différente. Les repères visuels changent, etc. Si on ajoute à tous ces facteurs naturels, que sont l’appareillage du plongeur, la combinaison, la bouteille, les palmes, le masque… on conçoit que les données nouvelles, avant d’être intégrées, réclament un temps plus ou moins long selon les dispositions du débutant.
La sophrologie peut en faciliter l’acquisition. Le sophrologue demande au sujet en situation de sophronisation de retrouver les sensations agréables de la plongée, plus tard ; il lui fera rechercher ce qui pose problème : un équilibre mal réalisé du corps dans l’eau, un palmage trop raide, une perception visuelle erronée (appréciation des distances et des reliefs difficiles), le poids du matériel, etc…
Des discussions réunissant le moniteur, le ou les élèves et le sophrologue permettent de faciliter progressivement l’adéquation plongeur, matériel, élément.
Ainsi, en pratiquant l’alternance : plongée, séance de sophrologie, plongée, etc… on obtient des progrès très rapides et une meilleure élaboration du schéma corporel, plus opérationnel pour ce sport.

Haut de page

    e) Plongée, beauté et ...sensualité.
La plongée c’est aussi le partage d’émotions très subtiles, l’appréciation de la beauté, la recherche du bien être. Peut-on éveiller très tôt cet état d’esprit chez le débutant ?
La sophrologie essaie de déterminer un comportement réflexe basé sur la recherche et la valorisation des éléments positifs d’une situation. Il ne s’agit pas de jouer les “ baba-cools ” mais de lutter contre une attitude, hélas actuellement trop répandue, conduisant au pessimisme et à la négation de tout ce que la vie peut apporter de bon et de beau. Pour cela il faut vouloir un accord entre soi, soi et les autres, soi et l’environnement. La plongée peut fonctionner sur des modes divers ; recherche de la performance, récolte de trésors marins, recueils de données servant à la science, etc… Mais ce qui en fait l’originalité est ailleurs : - On ne peut plonger que si l’on est bien dans sa peau, donc en accord avec soi-même et son environnement social,
- Il n’est pas possible de s’imposer au milieu, il faut observer des règles incontournables ce qui demande patience et respect de la nature.
Dans le secret de nous-même existe probablement une aspiration profonde. Le plongeur c’est un peu l’oiseau des profondeurs. Le “ psy ” nous dirait que le pratiquant de vol libre cherche à s’élever vers une autre dimension. Il n’est pas tout à fait homme.
Quant au plongeur désintéressé, il s'assimile plutôt à un visiteur de la mer. Peut-être cherche-t-il, à son insu, ce temps merveilleux où totalement entouré de liquide, il faisait moisson de sensations dans un état d’innocence totale ?

Haut de page

    f) La sophrologie pratiquée en groupe.
L’entraînement sophrologique, pratiqué en groupe, se termine par une discussion libre au cours de laquelle chacun se découvre et découvre les autres dans un contexte non compétitif. Ce moment est important dans la dynamique du groupe et favorise la tache du moniteur qui doit faire passer une idée “ force ” et la rendre déterminante d’un comportement réflexe : le plongeur doit être à la fois autonome, communiquant et solidaire. Il doit essayer de tout prévoir. Au cours d’une plongée, la famille du plongeur c’est la palanquée, le binôme son frère. Il doit tout prévoir pour ne pas avoir de problème (autonomie). Il doit être constamment en relation avec l’autre (communication) et prêt à le secourir (solidarité). La sophrologie permet de prévoir, de pourvoir et donc de pouvoir.

II - L'avenir de la sophrologie dans le monde de la plongée.

Comment faire passer ces idées dans un monde qui se méfie des faiseurs de miracle ?
Les sportifs ont raison de se méfier et doivent évaluer le plus justement possible ces gens qui viennent leur affirmer que grâce à tel ou tel entraînement mental, on peut obtenir des résultats surprenants. Toute méthode aussi valable soit-elle, ne vaut que par la qualité de celui qui l’utilise, et par l’adaptation à la spécialité sportive qu’il sait faire. C’est le sophrologue et la sophrologie qui doivent s’adapter à la plongée et non l’inverse !
Des expériences ont montré qu’en utilisant l’entraînement psycho-tonique ” auprès de sportifs de haut niveau, on peut obtenir les résultats suivants :
- Amélioration de la récupération des fatigues physiques et nerveuses.
- Lutte efficace contre les émotions désorganisantes.
- Meilleure acquisition des gestes techniques et des consignes tactiques par l’entraînement à la visualisation
- Prise de conscience des raideurs musculaires électives et amélioration de la souplesse - Plus grande intégration à la vie de groupe.
Le plongeur doit posséder des réflexes comportementaux pour faire face à l’imprévisible. Le travail technique en situation reste pour cela irremplaçable. Cependant, la sophrologie, comme nous l'avons vu, permet de prévoir, de pourvoir et donc de pouvoir. Elle constitue un complément intéressant dans un entraînement. Certains plongeurs de haut niveau (apnéistes, pêcheurs de corail…) ont d’ailleurs compris cela depuis bien longtemps !

Retour haut de page
Retour au Sommaire "Parlons de plongée"